01 June 2016

Le Rougier de Camarès : un régal pour le naturaliste

Située dans le sud du département de l’Aveyron, au pied des Monts de Lacaune, la plaine du Rougier de Camarès (de Belmont à Camarès et à Montlaur) est caractérisée par des milieux ouverts agricoles (élevage ovin et céréales). Les milieux naturels (bosquets, landes à genêts, sols nus…) sont néanmoins bien présents, notamment dans les secteurs non mécanisables.

Contrairement aux Grands causses où le substrat est calcaire, le rougier est constitué de grès rouge qui lui donne cette couleur si particulière. Pourtant de nombreuses espèces dites « caussenardes » trouvent des milieux de vie qui leur conviennent. Les milieux secs et chauds satisfont en effet parfaitement des passereaux comme la Fauvette orphée, le Pipit rousseline, le Bruant ortolan ou le Moineau soulcie. Les densités de Pies-grièches écorcheurs, d’Alouettes lulus ou de Tourterelle des bois sont ici très importantes. En fin d’été, des oiseaux bleus, de la taille de petits rapaces, sont parfois observés, perchés sur les lignes électriques ou téléphoniques. Il s’agit du Rollier d’Europe. Celui-ci se reproduit plus au sud, certains oiseaux remontent vers le nord après la reproduction, à la recherche de leurs proies préférées : les criquets.

Avec la région des Grands causses, le Rougier de Camarès est aussi « l’autre pays des rapaces », que ce soit en diversité et en quantité : Aigle botté, Bondrée apivore, Busard cendré, Busard Saint-Martin, Circaète Jean-le-Blanc, Faucon hobereau, Milan royal, Vautour fauve… sont souvent très nombreux. A cela s’ajoute bien entendu les rapaces plus communs comme la Buse variable, le Faucon crécerelle ou encore le Milan noir. Ces concentrations de prédateurs sont dues à une ressource alimentaire très abondante (insectes, campagnols…).

Le long du Dourdou de Camarès, on va retrouver des oiseaux typiques des rivières. Il y a tout d’abord deux espèces très colorées, qui font plus penser à des espèces tropicales qu’européennes : le Martin-pêcheur d’Europe et le Guêpier d’Europe qui creusent l’un comme l’autre leurs nids dans les berges abruptes de la rivière. Sur les bancs de galets, les mouvements saccadés du Chevalier guignette trahissent sa présence pendant que le chant explosif et sonore de la Bouscarle de Cetti retentit dans la ripisylve.

De façon anecdotique, plusieurs espèces très rares en Aveyron et d’origines méridionales ont aussi été recensées : le Coucou geai, l’Aigle de Bonelli ou encore le Traquet oreillard.

D’un point de vue herpétologie, l’espèce caractéristique de ce milieu est sans nul doute le plus grand lézard français : le Lézard ocellé. De couleur dominante verte, mais plus grand que son cousin le Lézard vert occidental, il possède de jolies ocelles bleues sur les flancs. Dans les points d’eau plus ou moins temporaires qui jalonnent le rougier, plusieurs espèces d’amphibiens sont observables comme la Rainette méridionale (dont les chœurs nocturnes s’entendent de très loin), le Crapaud calamite qui peut se contenter de simples flaques d’eau temporaires ou encore le majestueux Triton marbré dans les mares plus pérennes.

Samuel TALHOET

Retrouvez un autre article sur les Grands Causses paru dans l'Oiseau Mag en 2003  : PDF 1, PDF 2, PDF 3

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